* Pour des raisons de protection les noms des batteries encore existantes ont été changés.
* Passez la souris par dessus les photos pour lire les légendes
Après avoir découvert l'urbex totalement par hasard dans le fabuleux souterrain de la Kriegsmarine j'ai eu envie de poursuivre sur ma lancée. Il y avait sûrement plein d'autres endroits riches en histoire et en sensations fortes à découvrir.
La recherche à donc commencé et je me suis tout d'abord attaqué aux lieux abandonnés les plus faciles à trouver de ma région : Les bunkers du mur de l'Atlantique.
Cette ceinture de défense, plus qu'un seul énorme spot consiste en une multitude de bunkers disséminés le long des côtes et regroupés autour de batteries d'artillerie.
De toute ma carrière d'explorateur, je n'ai jamais cessé de visiter les bunkers du mur de l'Atlantique, immense zone d'exploration du pays Basque à la Norvège. Si la plupart des sites ont été dépouillés de leur matériel, certains, bien cachés ont conservés d'intéressants vestiges. Mais même dans les batteries les plus célèbre on est jamais à l'abri de découvrir un tonneau de poudre, quelques balles de fusil ou même les restes d'une pièce d'artillerie !
Qu'est ce que C'est ?
Le mur de l'Atlantique ou Atlantikwall est une immense ceinture de défense s'étendant sur toute la côte Atlantique de l'Europe. Il est composé d'un total d'environ 10 000 bunkers répartis en 700 batteries d'artillerie s'étendant sur 5000km de long. Il existe également un second mur bien plus petit sur les côtes Méditerranéennes de France : Le Südwall.
Un peu d'histoire :
C'est en décembre 1941 suite à l'attaque de Pearl Harbor par les Japonais que les Américains entrent dans la seconde guerre mondiale. Ils déclarent la guerre au Japon et à son allié l'Allemagne. Ce qui met le führer dans une situation délicate puisque ses meilleurs soldats sont enlisés sur le front Russe. Adolf a le cul entre deux chaises puisque les Américains risquent de l'attaquer par la façade Atlantique et qu'il ne dispose que de forces faibles dans cette zone. La construction du mur de l'Atlantique permettrait de rendre les côtes imprenables : La Wehrmacht fait office d'épée en Russie et le mur de bouclier à l'ouest.
La construction de cette muraille est confiée à Fritz Todt, grand ingénieur du régime nazi. Il est responsable du réseau d'autoroutes allemandes (l'un des premiers) et d'une autre ligne de défense construite a partir de 1938 pour faire face à la ligne Maginot : le Westwäll ou Siegfried Linie.
Le budget n'est pas un problème, l'Organisation Todt lance des appels aux entreprises de constructions pour construire le mur. Des milliers d'entre elles répondront présente à ces appels. Le sable et les graviers sont extraits directement sur les zones à fortifier. D'immenses sites de concassages de galets sont construit. Des batteries de bétonnières tournent jour et nuit pour fabriquer le précieux ciment.

La main d'oeuvre non plus ne coûte pas cher. Si l'armée Allemande recrutait des travailleurs des pays conquis pour des salaires assez élevés elle utilisait aussi de nombreux prisonniers de guerre. Des juifs, des républicains Espagnols ou des partisans Russes étaient employés pour les tâches les plus pénibles et dangereuses de la construction. Les journées étaient en moyenne de 13 à 14 heures. Ces conditions inhumaines sont responsables de la rapidité à laquelle les bunkers poussaient.
Les villes portuaires sont transformées en forteresses, les Hafenfestung. Ces grands ports sont particulièrement protégés car en cas de prise par les Américains ils constituent des points de ravitaillement stratégiques. Ces ports abritent aussi souvent des unités navales importantes et des bases de sous marins. Elles sont si bien défendue que le 6 Juin 1944 lors du débarquement les Alliés amenèrent d'outre Manche un port Artificiel fait de coffres de bétons reliés par des passerelles. Ce port artificiel évite les pertes immenses dues au siège d'une forteresse.
A la veille du débarquement le mur de l'Atlantique n'est toujours pas terminé. Le 6 juin 1944 quand les alliés débarquent, une grande partie des divisions blindées allemandes et les canons de plusieurs batteries comme celle de la pointe du Hoc ont été déménagées dans le Pas De Calais grâce à des opération de désinformation qui avaient fait croire que le débarquement en Normandie n'était qu'une diversion. Les 6 canons de 155mm ont été remplacés par des troncs d'arbres. De plus des bombardements préventifs ont mis hors combat plusieurs positions allemandes.
Mais certaines batteries sont toujours armées et résistent jusqu'au bout. Alors que les barges approchent les falaises normandes entrent en éruption. Les casemates d'artillerie de marine bombardent les navires Américains avant d'être réduites au silence. A Omaha Beach le soldat Heinrich Severloh tiens sa position, le point d'appui Wn62, pendant des heures, tuant et blessant (selon ses dires) jusqu'à 3800 GI's.

Mais malgré sa résistance acharnée le mur de l'Atlantique est franchi en quelques heures. Mais les alliés se heurteront à nouveau à l'Atlantikwall lors des sièges des forteresses de St Malo et Brest. St Malo voit les premiers grands bombardements au Napalm et les atroces combats urbains de Brest prennent tant de vie que les alliés renoncent à prendre les autres forteresses et se contentent de les assiéger. Ces poches ne se rendent qu'en avril 1945 (mais les dernières survivent de 2 jours à la capitulation de l'Allemagne)
Aujourd'hui la majeure partie de l'Atlantikwall est à l'abandon en état de dégradation avancé. Mais quelques bunkers sont transformé en musées et permettent de conserver les reliques de la sombre histoire du mur de l'Atlantique.
Les différents types de bunkers
Certes ce titre ressemble à un titre de mauvais podcast mais en effet il y a plusieurs types de bunkers. Dans cet article nous nous intéressons aux ouvrages principaux des points d'appuis du mur de l'Atlantique.
Tout les bunkers (sauf quelques exceptions) sont construits selon des modèles types correspondant à une typologie très précise : le Regelbau.
Chaque type possède un nom composé d'une lettre puis d'un numéro avec une signification bien présise. Par exemple R-515. Les séries 500 et 600 sont les plus répandues. Les 500 sont des ouvrages anciens datants des années 30 et construits sur la ligne Siegfried quand les 600 sont des modèles des années 40 bien plus modernes designés spécialement pour le mur de l'Atlantique.
Quand aux lettres le plus souvent on à un R (Regelbau) mais parfois selon l'utilisateur du bunker la lettre change pour M (Marine) ou H (Heer, armée de terre).
Un bunker H-634 est donc un bunker d'un modèle des années 40 utilisé par l'armée de terre.
Certains bunkers sont de type "SK" ou Sonderkonstruktion (Construction spéciale). Il s'agit d'ouvrages souvent uniques adaptés a des situations ou des terrains particuliers.
Les bunkers de combat
Ici sont regroupés les différents types d'ouvrage dont la fonction première est le combat.
Les casemates d'artillerie de Marine

Il s'agit sûrement des bunkers les plus célèbres du mur. Le représentant le plus fameux est le R-671, véritable gueule de dragon en béton, prête à cracher le feu! Ces casemates sont l'élément principale de toutes les batteries d'artillerie côtières, les MKB (Marine Küsten Batterie). Les batteries en comportent en moyenne de 3 à 5, mais certaines particulièrement bien fournies alignent 8 casemates. Servies par la Kriegsmarine (marine de guerre) elles sont équipées de puissants canons de navires.Ces canons de marine sont très précis et puissants. En moyenne les pièces font entre 10 et 15cm de calibre. Mais on trouve des engins hors normes, certaines batteries alignent des canons de 28, 38 et même 40,6 cm pour la batterie Lindemann, la plus puissante.
Ces batteries sont faites pour tirer sur des objectifs navals, parfois à très grande distance (Les canons de 28 cm de la batterie de l'Amiral avaient une portée de 29 kilomètres). Les canons de 40,6 cm de la batterie Lindemann située à Sangatte dans le Pas de Calais pouvaient tirer leurs obus de l'autre côté de la manche.

Les casemates sont équipés de gaines d'évacuation pour empécher l'accumulation des gaz nocifs dans les locaux de stockage de munitions situés à leur arrière. Sur le toit on trouve des crochets d'accroche afin de fixer un filet de camouflage (en effet tout les bunkers étaient camouflés).


Malgré un bon armement, une dalle en béton solide et un design extrêmement stylé les casemates d'artillerie de marine ont un gros point faible : Leur embrasure de tir ne permet au canon de pivoter que sur 120°; ce qui pose problème en cas d'attaque par l'arrière.
Un problème que n'ont pas ...
Les encuvements

Principalement utilisés pour les batteries antiaériennes les encuvements sont des emplacements de canon à l'air libre. L'arme est tout à fait capable de pivoter sur 360° et de faire feu dans toutes les directions. La rotation se fait grâce à un affût fixé sur un pivot central. Sur les côtés de la cuve se trouvent de petites niches pour abriter les munitions.
Les encuvements que l'on rencontre sur le mur sont de toutes tailles et abritent des canons de calibres et d'origines très divers.
Certains d'entre eux atteignent une taille colossale !
Ceux de la batterie Gretchen abritent des canons français Schneider de 22 cm datant de la première guerre mondiale. A l'arrière se trouvent des abris et soutes à munitions qui desservent le canon par une voie ferrée Decauville (à écartement réduit).

Mais cet encuvement de 22 cm est un schtroumph en comparaison des encuvements géants de la batterie König Der Dünen. Ces ouvrages sont de véritables skate parks : plus de 35 mètres de diamètre ! Les munitions sont stockées dans deux soutes à l'arrière de la cuve.

Le canon est proportionnel à sa cuve, il s'agit d'une énorme pièce d'artillerie sur rail de 34 cm, l'un des plus gros calibres. Normalement ce type de canon équipe des cuirassés. Il mesure plus de 15 mètres de long et pèse 65 tonnes ! (C'est beaucoup !)
Destinés à bombarder des objectifs maritimes ses obus pèsent 430 kg et portent jusqu'à plus de 30 kilomètres.

Les canons en encuvement ont l'avantage de pouvoir tirer sur n'importe quel objectif, mais ils n'ont aucune protection en cas de bombardement et ne peuvent compter que sur leur camouflage.
Les casemates de combat rapproché

Contrairement aux casemates d'artillerie de marine destinées à abattre des cibles navales lointaines, ces petites casemate équipés majoritairement de canons légers sont utilisées pour défendre des plages, des forteresses, des vallées, des collines, on les trouves aussi en défense arrière de certaines batteries de marine.
L'armement est plus léger et adapté à des combats rapprochés : principalement des mitrailleuses et des canons légers.

Les plus répandues sont de petites casemates cubiques R-667 armées de canons antichar ou des casemates Vf adaptées pour recevoir le canon de forteresse Tchèque Sköda 4.7cm. Ce type de fortification est très basique et ne consiste souvent qu'en une simple chambre de tir, mais certains bunkers de défense de plage sont bien plus impressionnants.




Sur les point d'appui importants (forteresses notamment) les casemates sont équipées de cuirassements qui leur donnes de faux aires d'ouvrages de la ligne Maginot. Des bunkers à plaques blindées masquant des mitrailleuses et des canons sont placés sur des point stratégiques dont ils bloquent les accès. Ce type de blindage est très répandu sur la ligne Siegfried.



D'autres bunker situés à l'arrière sont équipés de cloches cuirassées équipées de mitrailleuses ou de mortier. La plus terrible de ces cloches est celle qui abrite le mortier type M19, une arme à tir courbe capable de tirer 120 roquettes à la minute. Enterrée elle est pratiquement indestructible, l'une de ces armes fut le cauchemar des Américains lors du siège de la forteresse de Brest.



Les bunkers avec cuirassement sont reservés à des emplacements très importants car les plaques et les cloches sont très onéreux. Certains bunkers des points d'appui lourds sont marqué d'un sigle "ST" qui signifie que l'abri à une épaisseur de béton de 2 mètre ou plus et est à l'épreuve des bombes.
Les Batteries lance torpille

Il s'agit d'un type d'ouvrage très rare sur nos côtes et que l'on retrouve surtout en défense des Fjords de Norvège. Utilisés sur des passages étroits, ils sont équipés de lance torpilles quadruples. Les torpilles G7A arrivent par la mer et sont manoeuvrées à l'aide d'un système de Palans.

Les Tobrouks

Il s'agit de minuscules bunkers individuels très répandus sur le mur. Ils servent de protection rapprochées aux points fortifiés importants, on en retrouve un peu partout et pas seulement sur l'Atlantikwall. Certains types de bunkers sont même construits directement avec un tobrouk intégré.
La plupart de ces tobrouks sont équipés de mitrailleuses, le plus répandu est le modèle Vf-58. Mais certains sont armés de mortiers voir même de lances-flamme. D'autres sont carrément coiffés de tourelles de chars légers, souvent des chars français pris lors du Blitzkrieg comme le FT ou le H35. Des tourelles de panzer II (char léger allemand) existent également.

En plus de ses fonctions défensives un tobrouk pouvait être utilisé comme poste d'observation ou de transmission (il était équipé pour cela d'un appareil à signaux lumineux).
Les bunkers SK
Il s'agit sans doute des bunkers les plus intéressants puisqu'ils se sont adapté à leur terrain et sont souvent uniques. Voici quelques cas assez sympas.
Tout a l'heure nous avons vu que les casemates d'artillerie de Marine étaient handicapées par l'incapacité de leur canon à pivoter sur 360°. Sur la batterie Langpunkt les allemands ont trouvés la parade à ce défaut et construits une astucieuse casemate SK à double chambre de tir. L'une sur l'avant équipée de son canon de marine et la seconde a l'arrière avec un canon antichar de 7.5cm


Parfois ce sont des fortifications anciennes qui sont entièrement bunkerisés. Par exemple certaines batteries casematées françaises de la fin 19e siècle sont réutilisées par les allemands qui incrustent des casemates bétonnées sur les anciens emplacements de tir.


Pour défendre une pointe avec d'un côté un port et de l'autre une plage propice à un débarquement la Todt équipe les 2 côtés de casemates pour canon de 10.5cm. Les 2 bunkers sont reliés entre eux par une longue galerie souterraine qui traverse la presqu'île. La galerie est taillée dans la roche brute et dispose de 3 accès



Dernier exemple spectaculaire : sur une plage de sable encerclée de haute falaise les allemands ont creusés deux réseaux souterrains desservants respectivement 3 et 4 casemates pour mitrailleuse au nord et au sud de la plage. Les galeries sont creusées dans la roche brute et seuls les casemates, les puits et le couloir d'accès sont bétonnés. On creuse aussi les falaises pour créer des casernements et stocker du matériel.



Les postes de direction de tir

Aussi appelés Leitstand, ces bunkers aux dimensions souvent spectaculaires sont l'oeil de la batterie d'artillerie. Ils sont souvent sur plusieurs niveaux. Au sommet se trouve un télémètre, un instrument optique servant à mesurer les distances, et un périscope azimutal utilisé pour déterminer la direction de la cible. Les données des 2 engins sont calculées dans une salle de contrôle de tir. Dans les niveaux inférieurs se trouvent une salle de calculs et un ou plusieurs postes d'observation (en fonction du nombre de niveaux) ou sont postés des guetteurs equipés de jumelles. Ces postes inférieurs sont nommées Peilstand. Des panoramas de tir indiquant des degrès d'angles et des points de repères sont peints sous forme de fresques au dessus de la fente d'observation du Peilstand. Les informations sont transmises aux casemates de marine et leur permettent d'ajuster leur tirs. A Omaha Beach l'efficacité des canons de la batterie de Longues fut très réduite suite a la destruction des câbles de transmission qui reliaient le Leitstand aux casemates.
La plupart des postes de direction de tir sont des bunkers sur 2 ou 3 niveaux semi enterrés sur des avancées rocheuses ou des falaises. Mais ce n'est pas une généralité. Sur certaines batteries peu importantes il ne s'agit que de petits dômes discrets ou de postes de télémétrie anciens équipés de télémètres obsolètes.


A l'inverse certains Leitstand sont extrêmement spectaculaires : Postes de direction de tir à trois étages ou mêmes tours d'observations collossales de plus de 15 mètres.


Les bunkers utilitaires
Pour faire fonctionner une batterie d'artillerie les casemates et le poste de direction de tir ne suffisent pas, tout une foule de bunkers sont crées en plus. Leurs fonctions sont multiple : Abris, logement des artilleur, stockages etc...
Les abris à personnel

Les artilleurs d'une batterie logeaient souvent sur place dans de petits bunkers à une ou deux pièces. Ils servaient également pendant les bombardements. Souvent ils sont accessibles par un réseau de tranchés et sont semi enterrés pour des raisons de camouflage.
Parmis les plus répandus de ces abris on peut citer les R-501 (une pièce), R-502 (2 pièces) ou les R-622. Certains de ces bunkers étaient parfois utilisés pour des fonctions bien précise, par exemple de cantine.
Certains bunkers de combat nottament les ouvrages cuirassés (515 ou 505 par exemple) servent aussi de logement à leurs artilleurs.
Ils sont équipés de lits repliables contre les murs, les bannettes. Pour se chauffer et cuire leurs nourritures les soldats peuvent se réunir autour du poêle de forteresse type WT-80 (Le matériel destiné aux bunker est standardisé). La communication avec les autres blockhaus se fait via un réseau téléphonique souterrain.
Un bunker dispose toujours d'au moins 2 issues et très souvent d'une issue de secours sous forme de puits avec échelle.
Les abris sont personnalisés par leurs occupants et on retrouve souvent des fresques peintes sur les mur. Il peut s'agir de dessins de paysages, d'instructions ou de slogans patriotiques, mais nous les étudierons plus en détail dans une partie consacrée ainsi que le matériel des bunkers.

Les hopitaux et infirmeries

Plutot rares on en retrouve sur certaines batteries importantes, mais ils sont principalement en arrière. La plupart sont de petits abris infirmeries comme le Ra-128 mais d'autres sont de véritables petits hôpitaux plutôt spacieux avec salle d'opération comme les bunkers R-118 ou R-639. Ils sont marqués de grandes croix rouge, ce qui dans le cadre des règles de la guerre (oui, oui la guerre à des règles) est censé les protéger des raids aériens et des assauts à condition que le personnel soignant ne soit pas armé.

Les bunkers de stockage :

Sur une batterie de marine, ces bunkers sont pour la plupart des soutes à munitions. Les casemates de combat sont parfois équipées de locaux annexes ou sont rangées des obus, mais en plus de ces stocks des réserves plus importantes de munitions se trouvent en arrière des positions. Parfois dans des tunnels spécialement crées conçus à l'arrière des casemates parfois dans des petits bunkers plus rudimentaires comme les Wellblechs ou abris en tôles métro. Il s'agit de petits abris servant également à loger du personnel.

Le stockage ne s'arrête pas aux munitions et on retrouve des bunkers qui servent de garage pour canons.
Autres bunkers divers

Il existe aussi divers petits bunkers reservés à des usages assez précis en plus de tout ceux que l'on vient d'énumérer.
Par exemple des bunkers utiles pour la vie dans la batterie : des citernes blindées pour l'eau potable (Wasserbunker) parfois creusées directement sous certains bunkers, des usines électriques, des abris pour les connexions des câbles de transmission (Kabelbrunnen bunker)

On trouve aussi des casemates équipées de projecteurs (Scheinwerfer) pour balayer la mer en cas d'attaque de nuit, mais c'est un modèle assez rare, les projecteurs étant le plus souvent à l'air libre.

Il existe aussi de spectaculaires bunkers destinés à abriter les antennes radars type Mammut ainsi que des socles bétonnés de radars.
Les obstacles de plage

Le 31 décembre 1943 à la suite d'une inspection du mur de l'Atlantique, le Maréchal Erwin Rommel se rend compte que l'accès aux plage est encore trop facile. Il fait renforce la défense à l'aide de champs de mines et d'obstacles antichar (entre autres) situés aux différents étages de la zone de balancement des marées.
Ces obstacles sont de différents types. Tout en bas de l'estran se trouvent les "portes Belges", des barrières coifées de mines, ensuite se trouvent des pieux en bois eux aussi minés et censés éventrer les barges de débarquement, les Asperges de Rommel. Puis arrivent les célèbres "Hérissons Tchèques", structures antichar en métal ou en béton (plus rares) pointant dans tout les sens. Au dessus se trouvent les tétraèdres, des obstacles en béton en forme de pyramide avec une mine à leur sommet, eux aussi réservés aux tanks. Enfin à leur sommet certaines plages sont dotées d'un puissant mur antichar infranchissable.


Le Materiel des bunkers
Armement

Les armes utilisées sur le mur de l'Atlantique sont extrêmement variés. Parmi les armes légères, si les fusils mitrailleurs MG-34 et 42 modernes sont répandues dans les tobrouks et les ouvrages cuirassées on retrouve aussi des MG-08 de la première guerre mondiale et des armes de capture comme la mitrailleuse française Hotchkiss 1914.

Pour les armes lourdes c'est pareil, leurs origines sont très diverses, on retrouve beaucoup d'armes de prises capturées sur des champs de bataille de toute l'Europe ainsi que des canons épargnés par les sabotages directement trouvés sur les anciennes batteries. On retrouve ainsi des canons russes, français, tchèques, tout le long de l'Atlantikwall.Certains sont complètement obsolètes, il y a de nombreuses artilleries de la première guerre mondiale voir du 19e siècle ! Les batteries de marine importantes sont dotés de meilleurs canons, parfois crées spécialement pour elles comme les 40.6cm de la batterie Lindemann, mais cela reste exceptionnel. Mais les armes de prises ne sont pas toutes mauvaises : Le canon de forteresse Tchèque Sköda de 1938 à un tel succès qu'un type de casemate spécialement adaptée est crée. C'est une excellente arme au tir rapide et à laquelle on peut coupler une mitrailleuse. On peut aussi citer les canons de 34cm de la batterie König der Dunen évoqué précédemment.


Equipement des blockhaus

Contrairement à l'armement, la machinerie qui permet le bon déroulement de la vie dans un bunker est standardisée, on retrouve les mêmes équipements sur tout le mur.
On l'a vu les soldats disposent pour dormir de couchettes rabattables contre les murs, comme dans un navire et d'un poêle WT-80 pour se chauffer et cuire leur nourriture.


Pour communiquer avec les autres ouvrages chaque bunker est relié à un réseau téléphonique souterrain via des relais.

N'oublions pas que nous sommes en temps de guerre ! Le blockhaus est protégé contre les attaques physiques et chimiques.
Les entrées sont fermées par des portes blindées divisées en 2 parties. Grâce à cette configuration si le bas de la porte est bloqué par des débris il est toujours possible de sortir par la moitié haute. Il y a généralement 2 entrées principales plus une sortie de secour, les chances d'être enterré vivant sont donc faibles. Il y a 2 modèles particulièrement répandus : la porte 434P0 répartie sur la plupart des bunker et une autre version plus rare utilisée par la marine : la porte 882P7. Ce type de porte pèse environ 640 kg.


Après ces portes blindées on trouve souvent un petit sas suivi d'un second type de porte, la porte étanche 19P7 qui empêche l'arrivée d'air exterieur ou de gaz toxiques. Ces portes se trouvent dans toutes les pièces de l'intérieur du bunker.

Il existe de nombreux autres types de portes comme la porte 447P01 utilisée pour faire entrer un canon antichar léger à l'intérieur d'une casemate de combat ainsi que des portes coulissantes, mais je me contente de détailler ici les plus répandues.
En plus de leurs portes, les entrées sont protégées par des créneaux de tir et des caponnières.



Contre les attaques au gaz un bunker possède un système de ventilation et de filtration très efficace combiné aux portes 19P7.
Une fois les portes étanches fermées, le bunker est mis en surpression grâce à une pompe et des clapets de surpression qui ne laissent pas l'air extérieur entrer et ne s'ouvrent que pour laisser passer l'air intérieur au delà d'un certain seuil de pression (empêchant ainsi le souffle d'une explosion d'entrer par exemple)


L'approvisionement en air est permis par un système de ventilation. L'air arrivant passe d'abord par un préfiltre qui stoppe les gros débris et la poussière (dues à une explosion par exemple) puis par deux cartouches filtrantes qui neutralisent les gaz de combat. Une fois assaini, l'air est distribué dans le blockhaus par un ventilateur électrique ou manuel. Hors des combats, les cartouches filtrantes sont remplacées par un tuyau en bakélite.





Les inscriptions : l'âme des bunkers
Lors de certaines explorations sur le mur de l'Atlantique il arrive de tomber nez à nez avec d'anciennes inscriptions gravées par l'occupant Allemand. Ce sont des vestiges émouvants qui nous en apprennent plus sur la fonction de certaines pièce, les instructions de sécurité des bunkers ou l'état d'esprit de leurs occupants.
Il éxiste plusieurs type de marquages. Commençons par les plus communs :
les marquages d'indications
Nous avons déjà vu le marquage ST qui signifie qu'un point d'appui est à l'épreuve des bombardements.

Chaque point d'appui possède un indicatifs présenté sous la forme d'une lettre suivi d'un nombre à 2 ou 3 chiffres. La lettre correspond a la région du bunker (DIE pour Dieppe, LO pour Lorient etc..) et les chiffres sont attribués à la position. Un cartouche avec cet indicatif était attribué à chaque bunker.

D'autres de ces marquages sont des instructions sur la conduite à tenir dans le bunker ou sur les munitions, des instructions de tir, des avertissements...
Certaines instructions de tir sont peintes avec de la peinture phosphorescente pour être effectives même lors des attaques de nuit.





Les devises patriotiques
Pour améliorer le moral des troupe et entretenir leurs foi dans le régime nazi, les supérieurs autorisaient et encouragaient même leurs hommes à peindre des fresques et des slogans patriotiques sur les murs des bunkers.
On trouve des messages à la gloire du Reich, de nombreux aigles impériaux, des citations d'Adolf Hitler, des caricatures des ennemis de l'Allemagne (Winston Churchill notamment), mais aussi des slogans patriotiques prônant des valeurs de courage au combat et de fidélité à la nation allemande.
Certaines citations se retrouvent sur plusieurs bunkers différents comme par exemple "Treue ist das Mark der ehre" (la fidélité est l'essence de l'honneur) que j'ai retrouvé dans 3 ouvrages.






Décorations et trompes-l'oeil
En dehors de ces inscriptions guerrière, il arrive aussi que l'on trouve sur le mur de l'Atlantique, des dessins purement esthétiques peints par les soldats pour égayer leur quotidien sous le béton.
Parfois ils ont imités des tapisseries en reproduisant des motifs dans tout une salle, on retrouve ainsi beaucoup de motifs de fleurs, notamment des tulipes peintes par des hommes d'origine hollandaise. Des lignes colorés sont aussi souvent présentes sur le haut des pièces.





D'autres fois au lieu de tapisseries ce sont des dessins uniques que l'on rencontre : natures mortes, caricatures de la vie dans le bunker, pin-up, paysages, trompes-l'oeil, tout y passe !
Parfois c'est à la construction même du bunker que les ouvriers de l'organisation Todt on gravés des scènes dans le ciment frais !






Tout ces dessins sont le témoignage d'une routine de vie ennuyeuse et encadrée par une sévère discipline. La vie dans les bunkers n'est pas joyeuse. Chaque jour est rythmé par les corvées. Quand certains passent la journée à scruter le large, d'autres sont chargés de l'entretien des canons (un entretien journalier à cause de l'air marin qui oxyde le métal).
Voilà donc pour ce premier article consacré à l'histoire et au fonctionnement du mur de l'Atlantique. L'article est long, mais il est difficile de résumer un spot de 5000 km en peu de ligne. La deuxième partie parlera de l'exploration à proprement parler des bunkers du mur.